vendredi 10 juin 2016

La transat retour, des Bermudes aux Açores : on a dégusté!

Coucou à tous, nous sommes heureux de vous écrire à nouveau, enfin de retour sur terre ! Ca y est nous avons traversé à nouveau l’Atlantique et sommes arrivés à Horta, sur l’île de Faial aux Açores, mercredi 8 juin 2016 vers 22h heure locale. Pour être franc  nous étions soulagés que cela se termine après un peu plus de 16 jours de mer dans des conditions assez difficiles. On ne va pas se le cacher, comme on dit, « on a pris chère » !!
Cette traversée a été en effet beaucoup plus difficile que la transat allée, pourtant plus longue de presque 900 milles nautiques. Au départ des Bermudes, la fenêtre météo qui s’ouvrait été assez ventée avec 5-6 Beaufort de vent pendant les trois premiers jours. Nous avons bien avancé mais Sophie a été un peu malade à cause de l’état de la mer. Et pourtant, ce n’était qu’une mise en jambe par rapport à ce qui nous attendait…

3ième jour de mer, tout est parfait!


Au petit matin le quatrième jour, nous sommes tombés en panne de pilote automatique. C’est un élément clé qui barre et tient le cap qu’on lui donne en permanence en fonction du vent, du réglage des voiles et de la route que l’on souhaite suivre. Coté avarie donc, la perte du pilote rentre dans le top cinq des « grosses emmerdes ». Certes, une voie d’eau, un démâtage ou la perte de la direction (ou des safrans) est encore plus à craindre mais on croit pouvoir dire que la perte du pilote arrive juste après. Plus de pilote signifie qu’il faut, à chaque instant, 24h/24, quelqu’un à la barre pour tenir le cap. En pleine océan ce n’est pas simple car il n’y a aucun point de repère hormis les nuages ou les étoiles quand on en voit. On prend le vent et les embruns constamment dans le visage, la position n’est évidemment pas confortable et peut être carrément physique selon la force du vent et l’état de la mer… Il fait humide et froid, environ 10 à 17°C de température ressentie, et l’attention n’est jamais relâchée. Bref barrer des jours et des jours est littéralement épuisant. A trois ou 4 équipiers à bord cette avarie aurait pu être seulement très inconfortable mais nous ne sommes que 2. Sophie et moi tournions toute les 1h30, car au-delà on finissait par barrer n’importe comment,  jour et nuit. Plus de repas en commun, plus de lecture, plus de films, plus de pêche ou tout autre activité détente  et surtout plus de repos. En quittant son quart, on se change, on boit ou on mange quelque chose, on va aux WC puis on fait un brin de toilette et déjà il faut faire le journal de bord, récupérer et analyser la météo transmise par le routeur et faire un réglage ou un changement de voile. Si on a de la chance on s’allonge 25 minutes sans pouvoir dormir tant la pression et la fatigue accumulée sont grandes et que l’on a déjà à l’esprit qu’il va bientôt falloir prendre la relève…Pour faire court, c’est un cauchemar !

5ième jour de mer, plus de pilote depuis 36h, on essai de garder le moral et le sourire sachant qu'il nous reste environ 10 jours à tenir. 

Fait beau, mais ça caille!

Sosso dans son quart à la barre, elle claque des dents mais elle assure : c'est du solide...


Après deux jours on était déjà exténué. Si l’état de la mer le permettait on affalait les voiles la nuit et nous laissions dériver au gré du vent et des courants au milieu de l’océan pour dormir 3-4 heures, reprendre des forces, et ainsi tenir moralement. Pendant un peu plus de 6 jours nous avons serré les dents mais, grâce au téléphone satellite et à l’aide immense de Christian et du SAV du fabricant, nous avons réussi à réparer le pilote. Le dixième jour de mer et après 6 jours à barrer non-stop, entendre à nouveau fonctionner le vérin et pouvoir lâcher la barre a été un moment de joie indescriptible. Je ne sais plus si l’on s’est d’abord mis à rire avant de pleurer ou l’inverse mais ce moment restera gravé pour longtemps dans nos mémoires. Nous avons fêté ça au champagne puis nous avons dormi, beaucoup, et avons fait un festin en amoureux le soir même. Nous avons repris notre routine de traversée habituelle avec des quarts de 3 heures la nuit, lovés au chaud dans le carré pour tenir la veille, et avons à nouveau profité de nos lectures ou d’un bon film. Quelques soient les conditions on ne se plaignait plus de rien, trop heureux d’être tranquille. D’une certaine manière nous avons eu pas mal de chance car, d’une part nous avons pu réparer, et d’autre part la météo n’a pas été difficile pendant ces 6 jours ce qui n’a pas n’a pas duré longtemps une fois le pilote retrouvé. En effet les conditions se sont véritablement musclées sur la deuxième partie de la traversée avec souvent une houle très grosse et pas mal de vent.

10ième jour de mer, on a un Pilote!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Plus détendu le Cap'taine

Voiles en ciseaux ça déroule

Le douzième jour nous avons pris une grosse dépression alors que nous étions pourtant sur une route assez sud vers le 34ième degré de latitude nord. Les fichiers gribs annonçaient 25-35 nœuds de vent et 1005 hpa. En réalité le baro est descendu à 986hpa et pendant 48h nous avons été vraiment malmenés. Le vent est monté, monté, monté… 30 nœuds établit, puis 35, 40 et enfin 45 nœuds établit lundi 6 juin entre 13h et 18h. Les rafales ont atteint  pendant de brefs instant 50 nœuds soit force 9-10. Les vagues, très courtes entre 4 et 6m de haut, encerclaient et s’abattaient sur Sylvestre avec des bruits assourdissants et très peu rassurants. D’immenses lames déferlaient dans un brouillard d’écume et donnaient à la mer une couleur blanche ou bleu glace. Là encore nous avons serré les dents, restant cul au vent et à la houle qui nous poussaient dans des surfs entre 10 et 15 nœuds de vitesse malgré les voiles réduites au maximum. On a enfourné « tout ce qu’on pouvait » mais le bateau a tenu bon et nous avons eu la chance de ne rien casser ce qui n’a pas été le cas pour la majorité des bateaux rencontrés aux Acores. On nous a dit que ces conditions étaient anormales en juin… sûrement mais ce qui est certain c’est que cette traversée entre les Bermudes et les Açores reste très exigeante et l’aller était finalement presque une promenade de santé en comparaison…

15ième jour de mer, la tempête est passée, le soleil est revenu et Sosso est rassurée que l'épisode ne se soit pas soldé par "une crêpe" avec le bateau.

Arrivée sur Faial en fin de journée le 8/06/2016 : Yesssss!


Enfin : « ça c’est fait » comme dirait Boss ! On va maintenant rester un peu tranquille au port pendant quelques jours. Le temps n’est, depuis notre arrivée, pas très beau avec du brouillard et un peu de pluie mais nous sommes à quai, avec eau et électricité à volonté et pleins de choses à faire. Des lessives, mettre de l’ordre dans le chaos qui règne à bord, prendre de longues douches chaudes et surtout profiter d’être avec nos amis pour passer du bon temps. Nous sommes ici en terre Portugaise ce qui veut dire accueil chaleureux, bons vins, bonne gastronomie et des tarifs très bas… le soleil, après 6 mois dans les Caraïbes, n’est pas la priorité absolue. Pendant la traversée nous avons vu pas mal de dauphins et une baleine à une cinquantaine de mètres sur l’arrière tribord du bateau. C’était un spectacle magnifique et nous aimerions bien en observer d’autres. Comme les Açores sont réputées pour la présence de baleines et de cachalots nous ferons après demain une excursion guidée et espérons pouvoir mettre de belles photos sur le blog. Il faut reconnaître que nous n'avons pas vraiment eu le temps ou l'envie de faire des photos pendant cette aventure...on va rattraper le retard.

Après nous ferons un peu de tourisme sur ces îles puis reprendrons la mer direction Gibraltar. A suivre…
On vous embrasse tous très fort,

Sophie et Damien.

4 commentaires:

  1. Vous avez gagné vos galons d'"AMIRAUX DE CROISIERE !"

    RépondreSupprimer
  2. Vous avez gagné vos galons d'"AMIRAUX DE CROISIERE !"

    RépondreSupprimer
  3. Salut les amis
    Je suis sans relâche votre passionnante aventure
    Celle-ci en particulier fut saisissante ! Et le mot est faible...
    Vous nous manquez ici
    J'espère que vous vous reposez bien
    À très bientôt je l'espère

    RépondreSupprimer
  4. Bravo, la traversée en Cata c'est clairement du sport.

    Félicitations et à très vite pour avoir le détail de vos palpitantes aventures.

    RépondreSupprimer